Soutenue par la Chambre de Commerce d’Espagne et plusieurs organismes économiques bilatéraux hispano-chinois, la visite de Pedro Sánchez à Pékin confirme la volonté de Madrid de renforcer ses liens commerciaux et industriels avec la Chine, tout en tentant de rééquilibrer une relation économique fortement asymétrique.

Le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez s’est rendu en Chine du 11 au 15 avril pour une visite officielle destinée à approfondir les relations économiques entre Madrid et Pékin. Il s’agissait de son quatrième déplacement en Chine en quatre ans, signe d’un rapprochement diplomatique et commercial assumé par l’Espagne dans un contexte international marqué par les tensions entre la Chine, les États-Unis et l’Union européenne.

Cette visite a débouché sur l’instauration d’un «dialogue stratégique permanent» entre les deux pays ainsi que sur la signature d’une série d’accords touchant aux investissements, à l’agroalimentaire, à la technologie et à l’éducation. Madrid cherche notamment à attirer davantage d’investissements industriels chinois, en particulier dans les filières liées aux batteries électriques, aux véhicules électriques et aux énergies renouvelables.

Dans cette dynamique, la Chambre de Commerce d’Espagne joue un rôle important dans l’accompagnement des entreprises espagnoles souhaitant se développer en Chine. Elle travaille en coordination avec le Conseil Espagne–Chine et différentes structures consulaires afin de faciliter les échanges commerciaux et d’identifier les secteurs stratégiques de coopération. Les milieux économiques espagnols considèrent désormais la Chine comme un partenaire industriel incontournable malgré les déséquilibres commerciaux persistants.

Du côté chinois, les investissements en Espagne ont fortement progressé ces dernières années. En 2024, les groupes chinois ont engagé environ 4,2 milliards d’euros d’investissements dans le pays, principalement dans les secteurs industriels et les technologies vertes. L’Espagne apparaît désormais comme l’une des principales portes d’entrée des capitaux chinois en Europe.

Parmi les projets les plus emblématiques figurent les investissements du fabricant de batteries CATL avec Stellantis à Saragosse, l’implantation du constructeur automobile Chery à Barcelone ou encore les projets liés à l’hydrogène vert en Andalousie. Plusieurs industriels chinois envisagent également d’utiliser l’Espagne comme base de production européenne afin de contourner certaines barrières douanières mises en place par Bruxelles sur les véhicules électriques chinois.

Malgré cette coopération renforcée, les tensions commerciales restent importantes. Le déficit commercial espagnol avec la Chine dépasse désormais 42 milliards d’euros et représente près des trois quarts du déficit extérieur du pays. Pedro Sánchez lui-même a qualifié cette situation «d’insoutenable», appelant Pékin à ouvrir davantage son marché aux entreprises européennes.

La relation sino-espagnole place également Madrid dans une position délicate au sein de l’Union européenne. Contrairement à l’Allemagne ou à la France, l’Espagne adopte une ligne plus pragmatique vis-à-vis de Pékin, privilégiant les opportunités économiques plutôt qu’une approche strictement géopolitique. Cette stratégie suscite toutefois des interrogations à Bruxelles et à Washington, notamment sur les dépendances technologiques et industrielles européennes vis-à-vis de la Chine.

Enfin, cette séquence illustre le rôle croissant des Chambres de Commerce et des organismes économiques bilatéraux dans la diplomatie économique contemporaine. En facilitant les implantations industrielles et les coopérations technologiques, la Chambre de Commerce d’Espagne et les structures hispano-chinoises participent directement à la transformation du partenariat entre Madrid et Pékin, alors que l’Espagne cherche à consolider sa place dans les nouvelles chaînes de valeur industrielles européennes.

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