
Source : Décryptage des évolutions tarifaires par Charline Dumont, experte fiscalité énergétique chez Leyton.
Le TURPE, un coût souvent méconnu de la facture d’électricité
Sur une facture d’électricité, le prix de la molécule d’énergie elle-même n’est pas le seul poste à surveiller. Deux autres composants sont à surveiller : la fiscalité énergétique et le TURPE.
Ce dernier, le Tarif d’Utilisation des Réseaux Publics d’Electricité, constitue une part tout aussi déterminante de la facture d’énergie, bien que largement méconnue.
Le TURPE désigne la part de la facture d’électricité qui rémunère l’usage du réseau, distincte du prix de l’énergie et non négociable avec le fournisseur. Ce tarif finance les investissements et la maintenance des infrastructures électriques, assurés par Enedis pour le réseau de distribution et par RTE pour le réseau de transport. Il concerne donc l’ensemble des entreprises raccordées au réseau électrique français, quel que soit leur fournisseur d’énergie.
Ce poste de coût pèse plus lourd qu’on ne l’imagine généralement. Il représente entre 25% et 35% du montant de la facture pour un site raccordé en basse tension, et jusqu’à 40 à 45% pour les sites en moyenne ou haute tension disposant de puissances souscrites élevées. Ainsi, une évolution du TURPE, même limitée en pourcentage, peut entraîner des répercussions non négligeables sur la facture globale d’énergie pour certaines entreprises.
«Sur un site industriel en HTA, le TURPE peut représenter jusqu’à 45% de la facture. Concrètement, ça veut dire qu’une entreprise qui ne suit que le prix du kWh négocié passe à côté de près de la moitié de son poste énergie», Charline Dumont.
Ce qui change au 1er août 2026
Deux taux, deux profils concernés
La Commission de Régulation de l’Energie (CRE) a délibéré le 21 mai dernier sur l’évolution du TURPE 7, applicable depuis le 1er août 2026. Chaque année, la CRE ajuste la grille tarifaire selon des paramètres précis : inflation, écarts constatés et coefficients de productivité des gestionnaires de réseau.
Cette révision ne se traduit pas par une hausse uniforme : elle distingue deux catégories d’entreprises selon leur niveau de raccordement.
Pour rappel, le TURPE 7 HTA-BT s’applique aux entreprises raccordées aux réseaux moyenne et basse tension, gérés par Enedis et les entreprises locales de distribution. Le TURPE 7 HTB concerne les sites directement raccordés au réseau de transport haute tension, opéré par RTE.
La hausse s’élève à +3,04% pour le réseau de distribution, le TURPE 7 HTA-BT, géré par Enedis. Ce premier taux concerne la grande majorité des entreprises françaises : PME, commerces, bureaux et sites tertiaires raccordés au réseau de distribution.
Pour le second, le réseau de transport, le TURPE 7 HTB, géré par RTE, la hausse est de +3,34%. Il vise un nombre plus restreint d’acteurs, mais aux enjeux financiers souvent plus importants : sites industriels électro-intensifs et grandes plateformes logistiques directement raccordés au réseau de transport.
Pourquoi cette hausse ? Le mécanisme du CRCP
Cette évolution tarifaire ne relève pas d’une décision arbitraire. Elle découle d’un mécanisme de régulation spécifique : le Compte de Régularisation des Charges et des Produits (CRCP), qui permet chaque année de corriger l’écart entre les recettes réellement perçues par les gestionnaires de réseaux et les coûts réels.
En 2026, ce coefficient atteint son plafond réglementaire de +3,0%, un niveau exceptionnel prévu dans les délibérations du TURPE 7 pour éviter des régularisations trop brutales. Sans ce plafond, la hausse théorique aurait dû atteindre +3,93% pour Enedis seul, selon les calculs de la CRE. Cette différence s’explique par une cause météorologique directe : l’hiver 2025, sensiblement plus chaud que les prévisions sur lesquelles Enedis avait construit son budget de recettes. Le manque à gagner qui en résulte doit désormais être compensé, en partie via cette hausse tarifaire.
Quel impact concret selon les profils d’entreprise ?
L’impact varie sensiblement selon le niveau de tension de raccordement, la puissance souscrite et le profil de consommation de chaque entreprise.
La CRE estime que la hausse se traduira par environ +1% TTC sur la facture totale d’électricité.
«Par exemple, pour une entreprise dont la dépense annuelle en électricité atteint 150 000€, la hausse représente entre 1 500 € et 2 200 € par an.», Charline Dumont.
Si ce montant peut sembler modeste pris indépendamment, les coûts d’acheminement de l’électricité ne cessent de progresser depuis plusieurs années, et cette dynamique devrait se poursuivre, au moins jusqu’à la fin de la période tarifaire du TURPE 7 courant jusqu’en 2028.
«Face à ce type de hausse liée à un mécanisme de rattrapage, mon conseil est simple : ne pas attendre la facture pour réagir. Un audit réalisé en amont permet souvent d’identifier des marges de manœuvre ailleurs, sur la fiscalité énergétique par exemple», Charline Dumont.
TURPE 7 et fiscalité énergétique : deux leviers à ne pas confondre
Face à cette hausse, une distinction s’impose : le TURPE est un tarif réglementé, fixé unilatéralement par la CRE et pour lequel les marges de manœuvre sont très limitées. Un abattement TURPE existe, tout de même, sous des conditions très strictes pour les gros consommateurs d’énergie.
Il en va différemment de la fiscalité énergétique, le troisième composant de la facture d’énergie, sur lequel des leviers concrets existent. Trois actions permettent aux entreprises de limiter l’impact global de leurs coûts énergétiques :
• Vérifier l’éligibilité aux dispositifs de fiscalité énergétique existants : certaines activités bénéficient de taux réduits ou d’exonérations sur les taxes énergétiques (accises sur l’électricité et le gaz), souvent méconnus ou sous-exploités.
• Réaliser un audit des taxes et contributions énergétiques : cette démarche permet d’identifier les écarts entre les montants facturés et les dispositifs réellement applicables à l’entreprise.
• Intégrer ces évolutions réglementaires dans une stratégie globale de maîtrise des coûts : anticiper les révisions tarifaires annuelles du TURPE, tout comme les échéances fiscales liées aux accises énergétiques, permet d’éviter les mauvaises surprises budgétaires.
«L’erreur la plus fréquente consiste à traiter la facture d’énergie comme un bloc unique, alors qu’en réalité, chaque composante répond à sa propre logique. Le TURPE offre très peu de marge de manœuvre, la fiscalité énergétique, si», Charline Dumont.
Que faire pour limiter l’impact du TURPE ?
La hausse du TURPE au 1er août 2026 illustre une réalité structurelle : les coûts réglementés de l’énergie évoluent chaque année. Si ce tarif ne laisse aucune marge de négociation directe, les entreprises conservent la possibilité d’agir sur un autre levier, celui de la fiscalité énergétique.
Les 5 questions à se poser après la hausse du TURPE
• Mon entreprise est-elle concernée, et selon quel taux (HTA-BT ou HTB) ?
• Quel sera l’impact chiffré sur ma facture annuelle ?
• Mon entreprise est-elle éligible à des dispositifs de fiscalité énergétique (exonérations, taux réduits) ?
• Ai-je réalisé un audit récent de mes taxes et contributions énergétiques ?
• Comment anticiper les prochaines évolutions réglementaires du TURPE et de la fiscalité de l’énergie ?
EN SAVOIR PLUS : LEYTON
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