À l’occasion de la visite d’État du roi Abdallah II en Chine, la Chambre de Commerce jordanienne (JOCC) appelle à une transformation profonde des relations économiques entre les deux pays. Alors que la Chine est devenue le premier partenaire commercial de la Jordanie, l’organisation souhaite désormais développer les investissements, la production conjointe et le transfert de technologies afin de rééquilibrer une relation encore largement dominée par les importations chinoises.

La visite d’État du roi Abdallah II en Chine, organisée du 18 au 24 août, ouvre une nouvelle séquence dans les relations entre Amman et Pékin. Pour la Chambre de Commerce jordanienne, ce déplacement constitue une étape stratégique susceptible de redéfinir la coopération économique bilatérale au cours de la prochaine décennie. Son Président, Khalil El-Haj Tawfiq, estime que la Jordanie doit désormais dépasser une relation principalement fondée sur le commerce et les importations pour construire un partenariat davantage tourné vers l’investissement et la production.

La Chine est devenue en 2025 le premier partenaire commercial de la Jordanie, avec des échanges bilatéraux dépassant 6,7 milliards de dollars, soit environ 6,2 milliards d’euros. Cette progression de plus de 25% sur un an masque toutefois un déséquilibre considérable: les exportations chinoises vers la Jordanie ont atteint environ 6,29 milliards de dollars, contre seulement 430 millions de dollars d’exportations jordaniennes vers la Chine. Le déficit commercial jordanien dépasse ainsi 5,8 milliards de dollars.

Pour la Chambre de Commerce jordanienne, l’enjeu consiste donc à transformer cette interdépendance commerciale en relation économique plus équilibrée. Khalil El-Haj Tawfiq défend le développement de projets industriels communs, dans lesquels les entreprises chinoises apporteraient leurs capitaux et leurs capacités technologiques, tandis que la Jordanie mettrait en avant sa main-d’œuvre qualifiée, sa position géographique et son accès privilégié à plusieurs marchés internationaux grâce à ses accords de libre-échange.

L’organisation consulaire identifie plusieurs secteurs prioritaires pour cette nouvelle phase de coopération. L’industrie manufacturière avancée, les mines, les produits pharmaceutiques, la technologie et l’économie numérique, la logistique, l’agroalimentaire et le tourisme figurent parmi les domaines jugés les plus prometteurs. La Jordanie souhaite également attirer davantage d’investissements chinois dans des activités à forte valeur ajoutée plutôt que de se limiter à l’importation de produits finis.

Cette orientation s’inscrit dans la stratégie nationale jordanienne de modernisation économique. Le Royaume cherche à renforcer sa base industrielle, à développer ses exportations et à créer de nouveaux emplois, tout en diversifiant ses partenariats internationaux. Pékin représente à cet égard un partenaire particulièrement important en raison de sa puissance industrielle et technologique, mais aussi de sa capacité d’investissement dans les infrastructures et les grands projets économiques.

La Chambre de Commerce d’Amman, dont Khalil El-Haj Tawfiq assure également la présidence, travaille déjà à structurer davantage les relations entre les entreprises des deux pays. En juillet, elle avait proposé la création d’un Conseil d’affaires jordano-chinois permanent, destiné à faciliter les investissements et les contacts entre les communautés économiques. Un Conseil consacré aux entrepreneurs et aux start-up des deux pays a également été envisagé, notamment dans le secteur des technologies de l’information.

Les autorités économiques jordaniennes espèrent également accroître les exportations nationales vers le marché chinois. Les phosphates, la potasse, les engrais, les produits chimiques, les médicaments et les produits agroalimentaires sont considérés comme des secteurs disposant d’un potentiel de développement. Selon la Chambre de Commerce jordanienne, la réduction du déficit commercial passera autant par l’augmentation des ventes jordaniennes en Chine que par l’implantation d’activités productives chinoises sur le territoire du Royaume.

La Jordanie mise enfin sur sa position géographique pour attirer les investisseurs chinois. Situé au carrefour du Moyen-Orient et bénéficiant d’accords commerciaux avec l’Union européenne, les États-Unis, le Royaume-Uni ou encore le Canada, le pays ambitionne de devenir une plateforme régionale de production et d’exportation. Pour les entreprises chinoises, une implantation en Jordanie pourrait ainsi permettre d’accéder plus facilement à plusieurs marchés internationaux.

À travers cette visite royale et la mobilisation de la Chambre de Commerce jordanienne, Amman souhaite donc ouvrir un nouveau chapitre de ses relations avec Pékin. L’objectif n’est plus seulement d’importer davantage de produits chinois, mais de créer des projets industriels, technologiques et d’investissement capables de générer de la production et des emplois en Jordanie. Le défi sera désormais de transformer les ambitions affichées par les deux parties en partenariats économiques concrets sur le terrain.

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