
Source : paru dans Informations Entreprise N°199 Septembre, Octobre, Novembre 2026
La France peine encore à combler son retard en matière de robotisation industrielle. Pourtant, pour gagner en compétitivité, attirer les talents et soutenir la réindustrialisation, l’automatisation s’impose comme un levier stratégique. À la tête de PRISMA Robotique, Jérémy Beuscart et Florian Beuscart défendent une vision pragmatique de cette transformation, fondée sur l’expertise technique, la passion du métier et la proximité avec les industriels.
Informations Entreprise : Pourquoi la robotisation vous semble-t-elle indispensable pour accompagner la réindustrialisation de la France ?
Jérémy Beuscart (Directeur Général de PRISMA Robotique) : La France accuse un retard important en matière de robotisation industrielle par rapport à ses voisins européens, notamment l’Allemagne. Alors que l’écart existait déjà il y a dix ans, il continue de se creuser aujourd’hui. Pourtant, la robotique est un levier essentiel pour améliorer la qualité, la productivité et la compétitivité de nos industries.
Pour nous, dans la majorité des cas, automatiser ne signifie pas supprimer des emplois. Les robots prennent en charge des tâches répétitives ou difficiles à pourvoir, tandis que les collaborateurs évoluent vers des missions de maintenance, d’optimisation ou de pilotage. C’est une montée en compétence plus qu’un remplacement.
La robotisation constitue également un enjeu de souveraineté industrielle. Si nous voulons continuer à produire en France malgré des coûts plus élevés que dans d’autres pays, nous devons nous appuyer sur ces technologies. Avec l’arrivée de l’intelligence artificielle, cette transformation va encore s’accélérer. Mais la réussite de la réindustrialisation dépendra aussi d’une véritable ambition politique en faveur de l’industrie française.
Quels sont les principaux freins qui empêchent encore certaines entreprises industrielles d’investir dans la robotisation ?
J.B. : Le principal frein à l’automatisation reste souvent la perception du coût initial. Installer une cellule robotisée représente un investissement important, et il est légitime que les industriels s’interrogent sur sa rentabilité. Pourtant, lorsqu’un projet est bien dimensionné, le retour sur investissement est généralement rapide et mesurable. La robotisation permet de gagner simultanément en productivité, en qualité et en compétitivité.
Nous constatons également que certaines craintes persistent autour de l’impact sur l’emploi. Pourtant, l’expérience montre souvent l’inverse. Je pense notamment à une entreprise du secteur de la métallurgie qui avait installé ses premiers robots malgré de fortes réticences internes. Quelques mois plus tard, les équipes avaient changé de regard : les gains de productivité obtenus avaient permis à l’entreprise de se développer et même de recruter.
Il faut donc adopter une vision de long terme. Une installation robotisée n’est pas figée : elle peut être optimisée, adaptée à de nouveaux produits et continuer à créer de la valeur pendant de nombreuses années.
Comment automatiser une ligne de production sans perturber l’organisation des équipes ni ralentir les performances opérationnelles ?
J.B. : La réussite d’un projet d’automatisation repose avant tout sur l’anticipation. Avant même de parler de technologie ou de robotique, il est essentiel de définir précisément le besoin, les objectifs de production et les contraintes du site. Chaque projet est unique : automatiser une ligne dans l’automobile n’a rien à voir avec une application dans la cosmétique ou l’agroalimentaire. C’est pourquoi il n’existe pas de solution universelle.
Il est également important de s’appuyer sur le bon partenaire, capable de comprendre le process et d’accompagner le projet dans sa globalité. Une communication régulière entre l’industriel et l’intégrateur permet d’anticiper les éventuelles évolutions et d’éviter les mauvaises surprises lors de la mise en production.
L’accompagnement des équipes constitue aussi un facteur clé. Les opérateurs doivent être formés et impliqués dès le départ afin de faciliter la prise en main des nouveaux outils. Lorsqu’elle est bien préparée, l’automatisation devient non seulement un levier de performance, mais aussi un moyen de faire évoluer les compétences et d’améliorer l’attractivité des métiers industriels.
Dans un secteur très concurrentiel, quels sont les éléments qui différencient la proposition PRISMA Robotique ?
J.B. : Notre principale différence tient avant tout à la passion qui nous anime depuis nos débuts dans la robotique industrielle. Cette passion influence directement notre manière de travailler et nous pousse à maintenir un niveau d’exigence très élevé sur chaque projet. Nous ne nous contentons pas d’apporter une solution technique : nous nous impliquons pleinement à chaque étape, de la conception à la mise en service, avec la volonté d’aller au bout des choses et de livrer un résultat dont nous sommes fiers.
Cette approche se traduit par une attention particulière aux détails, à la qualité d’exécution et à l’accompagnement de nos clients tout au long du projet. Les retours que nous recevons confirment régulièrement cette exigence.
Notre complémentarité constitue également un véritable atout. En tant que frères jumeaux, nous échangeons en permanence sur nos expériences, nos projets et nos apprentissages. Cette dynamique nous permet de mutualiser nos connaissances et d’apporter à nos clients une vision enrichie, issue de deux parcours qui avancent en permanence dans la même direction.
Comment voyez-vous évoluer la collaboration entre les opérateurs et les technologies automatisées dans l’industrie de demain ?
J.B. : L’avenir de l’industrie ne se résume pas à un remplacement de l’humain par la machine. Au contraire, nous allons progressivement vers une évolution des métiers où les opérateurs deviendront davantage des superviseurs et des gestionnaires de systèmes automatisés. La robotisation a déjà engagé cette transformation : dans de nombreuses usines, les tâches manuelles répétitives ont laissé place au pilotage de machines de plus en plus performantes.
Cette évolution devrait s’accélérer avec l’intelligence artificielle et les nouvelles technologies robotiques. Les robots collaboratifs ont déjà ouvert la voie à une coopération plus étroite entre l’homme et la machine, tandis que les robots humanoïdes suscitent beaucoup d’intérêt, même si leur place dans l’industrie reste encore à confirmer.
Pour nous, l’enjeu principal est surtout la montée en compétence des équipes. Plus les entreprises automatisent leurs process, plus elles ont besoin de profils qualifiés capables d’exploiter, d’analyser et d’optimiser ces outils. C’est aussi une opportunité de rendre les métiers industriels plus attractifs auprès des nouvelles générations et de répondre aux difficultés de recrutement que connaissent aujourd’hui de nombreux industriels.
Quels sont les projets de développement de PRISMA Robotique et quelle vision portez-vous pour l’entreprise dans les prochaines années ?
J.B. : Après une phase de lancement réussie depuis la création de PRISMA Robotique en novembre 2023, nous abordons une étape importante de notre développement. Les années 2026 et 2027 devraient marquer un véritable tournant pour l’entreprise. Notre activité connaît une forte dynamique, au point que notre carnet de commandes est quasiment rempli sur l’année, ce qui limite notre capacité à répondre à de nouveaux projets.
Pour accompagner cette croissance, nous travaillons actuellement sur l’acquisition de locaux et préparons notre premier recrutement. L’objectif n’est toutefois pas de grandir à tout prix. Nous souhaitons conserver ce qui fait notre identité : une structure à taille humaine, fortement orientée vers l’expertise technique, la proximité client et la passion du métier.
Notre ambition est de constituer une équipe resserrée d’experts partageant les mêmes valeurs d’exigence et d’engagement. Nous voulons être reconnus comme un acteur de référence de la robotique et de l’automatisme industrielle, capable d’apporter un accompagnement premium, sans perdre l’agilité et la réactivité qui font notre force.
Bio Express Jérémy et Florian Beuscart
Tous deux titulaires d’un DUT Génie Électrique et Informatique Industrielle et d’une Licence Pro en Robotique (Université Jean Monnet), Jérémy et Florian Beuscart forgent chacun leur expérience terrain au sein de structures reconnues du secteur — SEEB Automation, SILEANE et Innovtec Industries où ils interviennent sur des projets complexes et variés dans l’univers de la machine spécial : programmation de robots multi-marques (Fanuc, ABB, Stäubli, Universal Robot), mise en service de cellules automatisées, SAV et optimisation de lignes de production, dans des secteurs aussi divers que l’automobile, la plasturgie, le médical ou encore la cosmétique.
Forts de leurs complémentarités et d’une vision commune, ils fondent ensemble PRISMA Robotique en novembre 2023, une structure indépendante dédiée à la robotique et à l’automatisme industriels, capable d’intervenir, tous secteurs confondus, avec agilité et réactivité.
Pour en savoir plus, rendez-vous sur : PRISMA ROBOTIQUE








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