Source : paru dans Informations Entreprise N°199 Septembre, Octobre, Novembre 2026

La facture énergétique des chantiers n’est plus une variable invisible. Entre impératifs de décarbonation et pression sur les coûts, le secteur doit désormais piloter ce qu’il subissait hier. Comment concilier performance et sobriété sans ralentir les opérations ? June Facilities apporte une réponse concrète en rendant les consommations mesurables, pilotables et optimisables en temps réel.

Informations Entreprise : Comment la crise énergétique récente a-t-elle transformé la gestion des consommations d’énergie sur les chantiers ?

Raymond PLASSE (Responsable projets de June Facilities) : Nous avons longtemps considéré l’énergie comme un poste secondaire sur les chantiers, notamment en France où les coûts restaient relativement faibles. Dans ce contexte, il n’y avait pas de véritable incitation à optimiser les consommations : les entreprises subissaient simplement leurs factures. La crise énergétique de 2022-2023 a profondément changé la donne. Du jour au lendemain, certains contrats ont été multipliés par deux, voire trois, faisant par exemple passer les budgets régionaux de certaines majors de quelques centaines de milliers d’euros à plus d’un million d’euros pour certaines. Cette hausse brutale a agi comme un électrochoc et a poussé les grands groupes à s’emparer du sujet.

C’est dans ce contexte que nos solutions ont trouvé un écho plus particulier. Nous permettons d’abord de mesurer précisément les consommations, condition indispensable pour identifier les dérives et agir rapidement. Ensuite, nous proposons des outils de pilotage qui permettent de réduire concrètement les usages énergétiques. Même si les prix ont depuis relativement baissé, ces pratiques s’inscrivent désormais durablement, notamment sous l’effet des stratégies de décarbonation mais également des obligations environnementales imposées par les clients privés ou publics.

Pourquoi les consommations énergétiques des chantiers restent-elles un levier secondaire dans les stratégies de décarbonation du BTP ?

R.P.: Pour comprendre les enjeux de décarbonation dans le BTP, il est essentiel de raisonner par SCOPE d’émissions de gaz à effet de serre. Le SCOPE 3, qui couvre l’ensemble des émissions des produits de constructions et des équipements des ouvrages à réaliser avec son cycle de vie, représente à lui seul plus de 90% de l’empreinte carbone totale. C’est donc logiquement sur ce levier que les acteurs du BTP concentrent leurs efforts, notamment à travers le choix des matériaux, les méthodes constructives ou encore le développement de solutions bas carbone. À l’inverse, les SCOPE 1 et 2, liés à l’ensemble des émissions d’énergie des installations de chantiers, pèsent beaucoup moins dans le bilan global.

Cela ne signifie pas qu’ils sont négligés, mais leur impact reste limité face aux objectifs ambitieux fixés dans les différentes stratégies de décarbonation pour 2030 puis 2050. Par ailleurs, sur le terrain, la priorité reste la production et le respect des délais. Les contraintes opérationnelles, combinées aux habitudes d’usage, rendent plus complexe la mise en place de mesures énergétiques, souvent perçues comme secondaires malgré leur utilité.

Dans ce contexte, en quoi les technologies IoT changent-elles concrètement la manière de piloter la performance énergétique sur les chantiers ?

Hugo THOMAS (Responsable Technique & Développement de June Facilities) : Les technologies IoT, ou “Internet des objets”, ont profondément transformé la manière dont nous pilotons la performance énergétique des chantiers. Concrètement, elles nous permettent d’abord de mesurer en continu des données qui, auparavant, nous échappaient totalement. Nous captons les consommations d’électricité et d’eau en temps réel, ce qui nous offre une visibilité précise sur les usages. Cela nous a rapidement permis d’identifier des anomalies, comme des niveaux de consommation anormalement élevés le week-end ou en dehors des périodes d’activité.

Au-delà de la mesure, l’IoT introduit une logique de pilotage. Grâce à une connexion permanente, nous pouvons suivre les données 24h/24, recevoir des alertes en cas de dérive et automatiser des reportings. Cette transparence nous permet non seulement de comprendre ce qui se passe, mais surtout d’agir immédiatement. Là où auparavant nous subissions les consommations, nous sommes désormais capables de les maîtriser et de corriger rapidement les dysfonctionnements. Nous sommes entrés dans l’ère du management des consommations d’énergie de chantier.

Comment vos solutions permettent-elles concrètement d’identifier et de corriger les dérives énergétiques sur un chantier ?

R.P.: Dans la pratique, nos systèmes de comptage agissent comme de véritables capteurs intelligents capables de surveiller en continu les consommations énergétiques d’un chantier. Nous pouvons paramétrer des seuils très précis, qu’il s’agisse de consommation, de puissance ou d’intensité, afin de déclencher des alertes en cas de dépassement. Cela permet, par exemple, de détecter une fuite d’eau en période d’inactivité, une surconsommation anormale ou encore une coupure d’alimentation. Ces alertes, couplées à une supervision en temps réel, offrent une réactivité immédiate.

Au-delà de la détection, nous structurons les données collectées sous forme de reportings réguliers, hebdomadaires ou mensuels, afin d’identifier des tendances et des dérives. L’analyse de ces données permet de comprendre les évolutions de consommation en fonction du contexte du chantier, et surtout d’ajuster les usages. Nous passons ainsi d’une simple observation à une véritable logique d’optimisation continue.

Comment transformez-vous la donnée énergétique en actions concrètes pour améliorer la performance des chantiers ?

R.P.: Une fois la donnée collectée et structurée, notre priorité est d’accompagner les clients dans son appropriation. L’enjeu est d’abord humain : il s’agit d’acculturer les équipes à la maîtrise de leurs consommations. Dès lors qu’un acteur de chantier visualise ses usages, il peut agir immédiatement, par exemple en localisant et en corrigeant une anomalie de consommation. De notre côté, nous adoptons également une posture proactive en alertant directement nos clients en cas de dérives significatives.

Mais nous allons plus loin que la simple analyse. Nous déployons des systèmes de pilotage concrets qui permettent d’agir directement sur les consommations : gestion intelligente de l’éclairage, optimisation des recharges en heures creuses, ou encore dispositifs de domotique adaptés aux Bases vie (ensemble d’installations temporaires mis en place sur un chantier pour assurer l’hygiène, la restauration et le repos des travailleurs). Nous pouvons également automatiser certaines actions, comme la coupure d’un réseau d’eau en période d’inactivité. Cette approche permet de transformer la donnée en un véritable levier de performance, à la fois économique et environnementale.

Votre ambition est de démocratiser ces solutions dans le BTP : à quoi pourrait ressembler un chantier “zéro gaspillage énergétique” dans 5 à 10 ans ?

R.P. : L’un des leviers majeurs pour réduire l’empreinte énergétique d’un chantier consiste à l’anticiper dès sa conception ou lors de son installation. Trop souvent, les installations sont pensées dans la précipitation, avec une logique de coût immédiat ou d’urgence plutôt que de performance globale. Or, en réfléchissant en amont à la distribution des réseaux d’eau et d’électricité, nous pouvons intégrer les dispositifs de monitoring ou de coupure et sélectionner des équipements plus sobres.

Cela passe également par des choix structurants : privilégier des engins électriques lorsque c’est possible, opter pour des bungalows mieux équipés ou encore installer des systèmes de chauffage plus performants. Mais au-delà des équipements, l’usage reste déterminant. Il s’agit d’instaurer une véritable sobriété énergétique, en évitant par exemple des températures excessives dans les bases vie. Penser le chantier dès le départ permet ainsi d’optimiser durablement les consommations, au-delà du simple coût d’achat initial.

Chiffres clés

• Novembre 2020 : Création de l’entreprise et lancement de la solution de comptage connecté pour l’électricité
• 2021 : lancement des solutions de comptage des consommations d’eau
• À partir de 2022 : déploiement de solutions de pilotage pour la sobriété énergétique des chantiers
• Entre 2023 et 2025 : Chiffre d’affaires multiplié par 3, nombre de clients multiplié par 10
• 05 Février 2025 : La barre symbolique des 100 chantiers actifs a été franchie
• 18 Novembre 2025 : 150 chantiers actifs
• 2026 : Solutions désormais présentes sur la quasi-totalité du territoire, environ 160 chantiers connectés en simultanée et 2 600 cantonnements de chantiers pilotés.

Pour en savoir plus, rendez-vous sur : JUNES FACILITIES

Contact : raymond.plasse@june-facilities.io ou 06.02.04.91.93

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