
Source : par François-Charles Berthois, Fondateur de Berthois Conseils
Dans un contexte économique où l’incertitude règne depuis le début d’année, le marché de l’emploi a connu, à fin 2025, des évolutions structurelles et conjoncturelles : baisse de la visibilité des entreprises, ralentissement de certains projets, montée en puissance de l’automatisation et sélectivité accrue des recrutements. Ces transformations interrogent autant les professionnels en réflexion ou en recherche d’opportunités que les entreprises qui préparent leurs recrutements pour 2026.
Nous souhaitons ici vous donner des clés de lecture claires et factuelles afin de nourrir votre réflexion sur le timing, les objectifs et les outils à mobiliser dans un contexte plus concurrentiel. L’analyse s’appuie sur des données macroéconomiques officielles et sur les tendances observées sur le terrain à fin 2025.
Cette lecture s’adresse également aux DRH, directions financières et dirigeants, en leur apportant des éléments concrets pour alimenter leurs benchmarks de rémunération, préparer les NAO et ajuster leur stratégie de recrutement et de rétention des talents pour 2026.
Comprendre les dynamiques du marché devient aujourd’hui un prérequis indispensable pour sécuriser une trajectoire professionnelle comme une politique de recrutement performante.
État des lieux du marché de l’emploi en France à fin 2025
Fin 2025, le marché du travail en France évolue dans un contexte économique légèrement défavorable : l’activité économique reste timide et la croissance peine à repasser durablement au-dessus de 1%. Malgré des effets inflationnistes contenus, les perspectives générales restent prudentes pour l’ensemble de l’année. Cette moyenne cache évidemment une réalité pleine de nuances sectorielles.
Sur le front du chômage, le taux au sens du Bureau international du travail (BIT) atteint 7,7% de la population active au troisième trimestre 2025, soit une légère hausse d’environ 0,3 point sur un an. Cette situation traduit une pression continue sur le marché de l’emploi, particulièrement perceptible sur certains segments de profils et régions. Le chômage devrait se rapprocher des 8% à fin 2025.
Focus géographique : Île-de-France vs reste du territoire
En Île-de-France, malgré un environnement plus compétitif, le marché du recrutement affiche une résilience supérieure à la moyenne nationale : les entreprises franciliennes maintiennent relativement plus de projets d’embauche, notamment dans les fonctions financières et de conseil, tirées par la concentration d’activités tertiaires et de sièges sociaux. Cela se traduit par des volumes de recrutement moins dégradés que dans le reste du pays, où la visibilité sur la croissance et l’investissement demeure plus faible. A noter malgré tout que le manque de visibilité accroît l’attrait du consulting qui bénéficie d’une flexibilité qui manque au droit du travail français, créant ainsi une dynamique plus favorable dans les cabinets de conseil que dans des « corporates ».
Dans plusieurs régions, on note toujours des intentions d’embauche élevées dans certains secteurs mais des offres qui restent plus longtemps en ligne qu’en région parisienne du fait d’un manque de candidatures qualifiées. Les métiers de la « haute » finance restent structurellement sous représentés en région malgré une augmentation des implémentations de boutiques M&A orientées small caps (TPE – PME).
Cette divergence géographique révèle une segmentation accrue du marché du travail : les bassins d’emplois dynamiques – notamment franciliens – conservent une attractivité relative, tandis que les territoires plus éloignés des centres économiques souffrent d’une moindre rotation des postes.
Industrie financière : tensions, spécialisation et concurrence des talents
Dans l’industrie financière – incluant banques, asset managers, fonds d’investissement, family offices, etc.. – les dynamiques sont contrastées. Sur certains segments émergents (ESG, CSRD, finance vertes), l’incertitude réglementaire européenne (ex. paquet Omnibus) a temporairement réduit certains projets, ralentissant le recrutement des profils dédiés à ces sujets. Cependant, les métiers de l’investissement restent très demandés, avec une concurrence forte pour les profils disposant d’un track record sectoriel, surtout sur des niches (ex : tech, infra …), capables de naviguer des univers complexes et de forte pression de performance.
Dans ce contexte, les recruteurs valorisent nettement plus les expertises pointues que les profils généralistes coûteux, réorientant leurs arbitrages vers des compétences opérationnelles immédiatement exploitables. Ce phénomène a pour effet de rehausser les rémunérations pour les profils rares, en particulier ceux maîtrisant des univers techniques ou stratégiques de l’investissement.
Métiers de la direction financière : l’expertise fait la valeur
Dans les métiers de la finance d’entreprise, la demande s’est nettement déplacée au détriment des profils juniors et seniors. Les entreprises privilégient désormais des experts métiers, capables d’apporter une valeur ajoutée immédiate sur des périmètres bien identifiés. Les tensions restent particulièrement fortes sur les fonctions comptables, la consolidation ou la gestion de trésorerie. Au sommet de cette chaîne de valeur, les CFO font face à un réel paradoxe d’une fonction indispensable mais très concurrentielle du fait d’un nombre important de candidats et d’une rareté naturelle des postes. S’en sortent mieux que les autres, profils stables, ayant évolués dans des environnements de grands groupes ou les profils ayant bâtis une expertise sectorielle.
L’automatisation par l’intelligence artificielle de certaines tâches rendent la rentabilité des profils juniors encore plus discutables qu’auparavant. Paradoxalement, les profils plus seniors les moins « tech-oriented » font face à un risque de dépassement même si leurs fonctions comportent un volet humain et relationnel important.
Il en résulte une dynamique que l’on peut représenter sous la forme d’un sablier. À la base, un volume important de candidats juniors se concentre sur un nombre de postes en diminution. Au sommet, les postes de direction restent structurellement peu nombreux et très disputés, avec une exigence élevée en matière de spécialisation sectorielle ou techniques (LBO, financement, gestion d’un fond, transformation…). Entre les deux, le cœur du marché se situe aujourd’hui sur des profils experts, disposant d’une expérience solide et reconnue, devenus indispensables pour renforcer les équipes, sécuriser les organisations et accompagner les phases de transformation.
Projection 2026 : vers une valorisation accrue de l’expertise
Pour 2026, les prévisions macroéconomiques anticipent une légère reprise de l’activité (+0,9% selon projections européennes), avec une croissance qui pourrait dépasser les niveaux de 2025. Dans ce scénario, le marché de l’emploi devrait rester sélectif : le chômage pourrait se stabiliser autour des niveaux actuels ou légèrement diminuer, tandis que la recherche de compétences spécialisées – IA, gestion de la data, automatisation – restera un moteur principal des stratégies de recrutement.
À fin 2025, le marché de l’emploi français est marqué par une croissance modérée et un taux de chômage encore significatif, reflétant une ambiance d’incertitude économique structurelle. Dans ce contexte, les recruteurs privilégient de plus en plus les expertises sectorielles et commandent des profils hautement spécialisés, particulièrement dans les métiers financiers et d’investissement quitte à relever leurs grilles de rémunération et ce, afin de réduire le risque inhérent des recrutements. Pour 2026, la capacité des professionnels à se positionner sur des compétences stratégiques – IA, gestion avancée de données, leadership financier – sera un différenciateur clé entre ceux qui prospèrent dans un marché segmenté et ceux qui en subissent les effets.
Retrouvez également notre précédente publication vidéo, Berthois Conseils : Nous accompagnons les entreprises dans le recrutement de profils financiers dont elles ont besoin
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