
Pour saisir pleinement l’importance de ce rendez-vous de Bélem, il faut revenir aux fondements même des COP. Leur histoire commence en 1992, lors du Sommet de la Terre à Rio. Face aux alertes répétées de la communauté scientifique sur la gravité du réchauffement climatique, les États membres de l’ONU décident de créer la Convention-Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques (CCNUCC). L’objectif : enfin agir à l’échelle planétaire face à une menace qui ne connaît pas de frontières.
C’est dans ce cadre que naissent les COP – les Conférences des Parties –, une forme d’organisation propre à certaines conventions internationales sur les changements climatiques. Depuis 1995, ces conférences se tiennent chaque année sous la direction de l’ONU, avec une mission claire : réunir les États pour fixer des objectifs environnementaux communs et adopter des textes qui orientent l’action climatique mondiale. En somme, établir des normes et des objectifs partagés face à l’urgence climatique.
Il existe en réalité trois COP distinctes : une sur la biodiversité, une sur la lutte contre la désertification, et – la plus importante – celle sur les changements climatiques. Cette dernière a pris une dimension particulière depuis 2016, avec l’entrée en vigueur de l’Accord de Paris. Depuis cette date, la réunion des Parties à l’Accord de Paris (CMA – Conference of the Parties serving as the meeting of the Parties to the Paris Agreement) est convoquée conjointement aux COP et aux CMP.
En amont de chaque COP, une pré-COP rassemble les ministres de l’environnement ou de l’énergie d’une cinquantaine de pays, dont les représentants des principaux groupes de négociations. Cette réunion informelle permet de préparer le terrain, d’identifier les points de blocage et de dégager des orientations pour les négociations officielles qui réunissent 198 états (197 pays et l’Union Européenne).
Outre les états au cœur des négociations, les COP accueillent également une multitude d’acteurs non étatiques : ONG, jeunes, entreprises, syndicats, peuples autochtones, scientifiques… Cette diversité est essentielle pour enrichir les débats. Depuis 1998, le GIEC apporte même son expertise scientifique en tant qu’organe consultatif, garantissant que les décisions s’appuient sur les meilleures connaissances disponibles. Les observateurs et observatrices peuvent assister aux discussions (quand les États l’autorisent) et parfois prendre la parole, jouant ainsi un rôle de veille et de contre-pouvoir.
Il est crucial de comprendre que les COP ne sont pas des événements isolés, détachés du reste de l’année. Elles s’inscrivent dans une dynamique internationale continue, rythmée par des rapports scientifiques, des négociations intermédiaires et des mobilisations citoyennes. Elles ne règlent certes pas tout d’un coup – et il serait naïf de l’espérer –, mais elles demeurent des moments clés pour faire avancer l’action climatique collective et maintenir la pression sur les décideurs.
L’ACCORD DE PARIS : LE CADRE JURIDIQUE DE L’ACTION CLIMATIQUE
Impossible de parler des COP sans évoquer l’Accord de Paris, adopté lors de la COP21 en 2015 et ratifié à ce jour par 194 Parties (193 États et l’Union européenne). Cet accord représente une étape historique : il constitue le premier cadre juridiquement contraignant d’action contre les changements climatiques à l’échelle mondiale. Pour Surfrider et tous les défenseurs de l’Océan, un véritable “pas en avant” a été fait lorsque le mot «Océan» a été intégré au préambule, reconnaissant enfin le rôle central des écosystèmes marins dans la régulation du climat.
L’Accord de Paris repose sur quatre volets complémentaires. Le premier établit un cadre universel de règles et de mécanismes visant à maintenir le réchauffement sous la limite des 2°C, et si possible 1,5°C par rapport à l’ère préindustrielle. Cette ambition ne peut se concrétiser sans le deuxième volet : les contributions déterminées au niveau national (CDN). En amont de la COP21, chaque pays a dû publier une contribution présentant ses efforts de réduction des émissions de gaz à effet de serre, avec l’obligation de réviser ces engagements à la hausse tous les cinq ans – d’où l’importance cruciale de la COP30 cette année.
Le troisième volet, financier, vise à soutenir les pays en développement et à financer la transition vers des économies bas-carbone et résilientes. C’est un point particulièrement sensible et encore insuffisamment honoré. Enfin, le quatrième volet renforce les engagements des acteurs de la société civile et non étatiques (villes, régions, entreprises, associations…) à travers les initiatives multipartenariales de l’Agenda de l’action. Car la lutte contre le dérèglement climatique ne peut reposer uniquement sur les États : elle doit mobiliser l’ensemble de la société.
LE ROLE INDISPENSABLE DE LA SOCIETE CIVILE
Si la société civile joue un rôle aussi central dans les COP, c’est parce qu’elle remplit deux fonctions essentielles. D’une part, elle alerte l’opinion publique sur les enjeux internationaux du climat, traduisant des négociations souvent techniques en messages accessibles au plus grand nombre. D’autre part, elle exerce une vigilance constante sur les bonnes et mauvaises pratiques des États et des entreprises, empêchant que les belles promesses ne restent lettre morte. Pourtant, malgré ce rôle indispensable, la participation de la société civile aux COP demeure compliquée, entre accès limité aux salles de négociation et moyens souvent insuffisants.
BILAN DE LA COP30
La COP30, qui devait être celle de la mise en œuvre, aura finalement mis en lumière une ambition climatique insuffisante, et des blocages persistants, notamment de la part des pays développés, sur la finance climat, pourtant clé pour l’action.
Des progrès importants, notamment sur la transition juste.
Pour la première fois, les droits sociaux, économiques et humains indispensables à une transition équitable ont été pleinement reconnus. La création d’un mécanisme international dédié constitue un signal structurant : nous ne réussirons la transition que si elle est juste, inclusive et respectueuse des communautés en première ligne, du local au global. Comme démontré par la Plateforme Océan et Climat, on assiste à une reconnaissance du rôle de l’océan comme puit de carbone dans le texte final et une plus grande intégration des solutions fondées sur l’océan dans les Contributions Déterminées au niveau national des Etats.
Des échecs majeurs sur l’ambition et la finance.
Les pays du Nord, dont l’Union européenne, ont freiné les avancées sur le financement climatique. Sans chiffres concrets, sans calendrier clair, sans réponses à la crise de la dette, les pays les plus vulnérables demeurent sans ressources face à l’intensification des impacts. Le triplement annoncé du financement de l’adaptation reste, à ce stade, une promesse vide et bien en-deçà des réels besoins.
– Pas de mention des énergies fossiles : près de 90 pays ont soutenu une feuille de route pour sortir du pétrole, du gaz et du charbon. Mais une poignée de bloqueurs a empêché toute mention dans le texte final. Impossible de protéger l’Océan sans accélérer cette sortie des fossiles, principale source de la crise climatique qui frappe mers et littoraux.
– Pas de mention sur la désinformation climatique : une déclaration internationale, signée notamment par la France, est un progrès, mais les mentions sur la lutte contre la désinformation ont été retirées du texte final.
– Pas d’inclusion : malgré les promesses, les Peuples Autochtones ont été insuffisamment associés aux décisions, provoquant plusieurs mobilisations qui ont été réprimées.
Conclusion : Un processus multilatéral sous tension, une société civile plus mobilisée que jamais, et un Accord de Paris qui reste vivant mais qui doit désormais entrer dans sa véritable phase de mise en œuvre.
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