South Pole : Conservation de la biodiversité, tendances et perspectives pour les entreprises en 2024

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En cette année 2024, marquée par la crise de la sixième extinction de masse, l’attention se tourne vers le rôle crucial des entreprises dans la préservation et la restauration de la nature.
Source : par Juliana Rademaker, Climate and Biodiversity Solutions Manager & Santiago Martinez, Responsable Développement Commercial Global, Biodiversité

Le Cadre mondial pour la biodiversité Kunming-Montréal, parfois appelé l’Accord de Paris pour la nature, met en lumière la responsabilité du secteur privé pour enrayer le déclin de celle-ci et la restaurer d’ici 2030.

Dans ce blog, nous analysons les tendances mondiales et les initiatives de 2024 que les entreprises engagées dans la protection et la restauration de la biodiversité doivent connaître.

Harmonisation du reporting sur la biodiversité : vers plus de cohérence pour les entreprises

Dans le but d’atteindre l’objectif 15 du Cadre mondial pour la biodiversité de Kunming-Montréal (KMGBF), de nouveaux cadres et normes de reporting ont été développés récemment visant à améliorer l’harmonisation, la transparence et la vérifiabilité des rapports sur la biodiversité. Ces initiatives ont pour objectif d’informer et d’orienter plus efficacement les parties prenantes et les investisseurs sur l’impact environnemental des activités des entreprises, tout en encourageant ces dernières à adopter des pratiques plus durables.

Un de ces développements clé est le déploiement des Normes de Reporting sur la Durabilité de l’UE 4 (ESRS 4) incluses dans la Directive sur le Reporting de Durabilité des Entreprises (CSRD). À partir de 2024, les entreprises ayant des opérations en Europe seront progressivement obligées de rendre compte de leurs impacts et dépendances sur la biodiversité et les écosystèmes. En vertu de cette norme, les entreprises devront communiquer leurs plans de transition, leurs objectifs et définir clairement les indicateurs utilisés pour évaluer leurs impacts et dépendances sur la biodiversité.

Parallèlement, le Taskforce on Nature-Related Financial Disclosures (TNFD) élabore actuellement un cadre standardisé à destination des entreprises et des institutions financières pour gérer et rendre compte de leurs impacts sur la nature, la biodiversité et les services écosystémiques. Lors du dernier sommet de Davos, le TNFD a d’ailleurs annoncé sa première cohorte d’Early Adopteurs, composée de plus de 300 organisations s’engageant à proposer un reporting aligné sur les Recommandations du TNFD.

Enfin, l’International Sustainability Standards Board (ISSB) a dévoilé à l’occasion de la COP15 des plans visant à définir la durabilité comme étant intrinsèquement liée aux écosystèmes naturels et au capital humain dans le cadre de son « General Sustainability-related Disclosures Standard » (S1). En s’appuyant sur des cadres tels que le TNFD, l’ISSB vise à intégrer des mesures axées sur la nature dans ses normes. Aujourd’hui sur la base du volontariat, ces normes de divulgation devraient devenir obligatoires pour les juridictions adoptant ces standards.

Illustration des interactions entre les politiques, les cadres réglementaires et les normes en matière de climat et de biodiversité.

Alignement et interaction entre les normes de reporting sur la biodiversité des entreprises.

La coexistence de plusieurs indicateurs en matière d’évaluation de la biodiversité

Alors que de nombreuses entreprises espèrent l’apparition d’un indicateur unique et universel pour évaluer leurs impacts et dépendances sur la biodiversité, la complexité de celle-ci et de ses interrelations nécessite plutôt une approche détaillée, adaptée aux circonstances et aux exigences spécifiques de chaque chaîne de valeur d’entreprise.

Au lieu d’attendre l’instauration d’un indicateur universel, les entreprises sont désormais encouragées à identifier de manière proactive les interfaces entre leurs opérations et la nature, spécifiques à chaque site, et à repérer les risques et opportunités prioritaires tout au long de leur chaîne de valeur. Cette approche permet aux organisations d’identifier quelles données et mesures sont nécessaires au suivi de leurs performances et de comprendre l’impact et la dépendance de leurs activités sur la nature.

Divers outils et cadres, tels que le processus de localisation, d’évaluation et de contrôle (Locate, Evaluate, and Assess Process – LEAP) proposé par le cadre TNFD, ou les étapes proposées par l’initiative Science Based Target for Nature (SBTN), offrent des orientations précieuses. Par exemple, l’initiative SBTN plaide en faveur d’une cartographie complète des impacts, en mettant l’accent sur l’identification des principaux domaines d’influence et la priorisation des efforts de conservation en fonction de leur impact. En adoptant cette méthode, les entreprises peuvent efficacement sélectionner des indicateurs de mesure et des ensembles de données adaptés à leurs spécificités.

En 2024, l’innovation technologique devrait jouer un rôle important dans la définition d’indicateurs de biodiversité. Les progrès de l’intelligence artificielle, de l’imagerie satellite et de l’analyse de données devraient permettre un suivi et une évaluation plus précis de la biodiversité, permettant aux organisations de développer des stratégies de conservation ciblées.

Combler le déficit de financement de la préservation et la restauration de la biodiversité au niveau mondial

Dans le cadre des efforts visant à atteindre l’objectif 19 du Cadre mondial pour la biodiversité de Kunming-Montréal (KMGBF), des stratégies financières innovantes gagnent en importance. Le texte souligne le besoin urgent de lever 200 milliards de dollars par an pour la conservation de la biodiversité, dont 30 milliards de dollars issus de financement international. En réponse, le marché volontaire des crédits de biodiversité est apparu comme un outil économique crucial, visant à canaliser le financement privé vers des projets de conservation et de restauration.

Au cœur de ce marché émergent se trouve l’objectif de combler l’importante lacune de financement de la biodiversité, estimée entre 598 et 824 milliards de dollars par an. Ce besoin de financement est jugé crucial pour la transition vers un paradigme économique positif pour la nature.

État actuel du financement par rapport aux besoins de lutte contre la perte de la nature (en milliards de USD).

Les motivations des entreprises à participer à ce marché varient. Alors que certaines cherchent principalement à compenser leur empreinte environnementale, d’autres sont désireuses de démontrer leur responsabilité et leur engagement en faveur de la conservation de la biodiversité. Pour ces entreprises, l’achat de crédits de biodiversité peut leur permettre de se démarquer et d’attirer des investisseurs, des talents ou des clients.

Dans certaines juridictions, des mandats réglementaires incitent encore davantage les entreprises à financer des initiatives de restauration de la biodiversité. Par exemple, la législation Biodiversité Net Gain (BNG) au Royaume-Uni oblige déjà les promoteurs à veiller à ce que les nouveaux projets se traduisent par une augmentation nette de la prise en compte de la biodiversité par rapport à la situation initiale.

Alors que le marché volontaire de la biodiversité mûrit, il devient de plus en plus évident qu’il peut répondre efficacement aux besoins critiques de financement de la conservation. Les parties prenantes, dont l’Organization for Biodiversity Certificate et la Biodiversity Credit Alliance, développent activement des mécanismes de compensation crédibles et évolutifs. Leurs efforts se concentrent sur la promotion de méthodologies de quantification permettant de mesurer précisément les gains en biodiversité, ainsi que sur la promotion de principes de gouvernance solides garantissant des avantages optimaux pour la biodiversité.

2024 pourrait-elle être l’année des grandes avancées en faveur de la biodiversité ?

La démonstration d’engagement en faveur de la conservation de la biodiversité par de nombreuses entreprises leaders lors de la COP15 à Montréal, est un signe évident que les choses évoluent. Lors de ces négociations internationales, plus de 330 entreprises se sont réunies autour de la campagne “Make it Mandatory”. Compte tenu du fait que les activités liées à la nature représentent près de la moitié du PIB mondial, les organisations ont pris conscience de la vulnérabilité du secteur privé face au déclin de la biodiversité.

On constate que les entreprises intègrent davantage la nature au cœur de leurs stratégies, ce qui représente une véritable opportunité d’innover en faveur de la protection de nos espaces naturels. Cependant, malgré ce progrès, appréhender la complexité des normes de reporting, des indicateurs de mesure et des mécanismes de financement reste complexe. C’est pourquoi, nos équipes offrent leur expertise à toutes les entreprises désireuses de redéfinir leur relation avec la nature, leur permettant ainsi d’assurer leurs opérations tout en assumant la responsabilité de leurs impacts environnementaux. South Pole vous aide à comprendre vos impacts, à définir des objectifs et à choisir les meilleures approches et actions adaptées à votre organisation pour amorcer votre transition vers la durabilité.

Climate and Biodiversity Solutions Manager

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