Cinq événements récents le prouvent : c’est la France, et non les États-Unis, qui est devenu le principal allié de l’Inde en Occident.

Premièrement, le quatrième lot de trois Rafale français (ravitaillés en vol par l’armée de l’air des Émirats arabes unis, pays ami) est arrivé en Inde pour rejoindre l’escadron Golden Arrows à la base aérienne d’Ambala. Avec leur arrivée, le nombre d’avions Rafale en Inde s’élève à 14. Les 22 autres, conformément à l’accord de gouvernement à gouvernement conclu entre les deux pays, seront livrés en temps voulu.

Deuxièmement, le président de l’Organisation indienne de recherche spatiale (ISRO), K. Sivan, a informé que l’Inde et la France travaillaient sur leur troisième mission satellitaire conjointe, après les missions « Megha-Tropiques », lancée en 2011, et « Saral-Altika », lancée en 2013. Il s’agira d’une mission de satellite d’observation de la Terre avec l’imageur infrarouge thermique TRISHNA – Thermal InfraRed Imaging Satellite for High-Resolution Natural Resource Assessment. Des discussions sont également en cours pour établir une station de référence « NavIC » (un système régional indépendant de navigation par satellite développé et maintenu par l’ISRO) en France.

Troisièmement, Capgemini ( qui fournit des services de conseil, de technologie, professionnels et d’externalisation) a annoncé l’ouverture de deux laboratoires d’innovation 5G, l’un à Mumbai et l’autre à Paris. Ces laboratoires seront dédiés à l’accélération du développement et du déploiement de la 5G et des technologies de pointe, en favorisant leur transformation basée sur les données vers l’industrie intelligente.

Quatrièmement, la Présidente CCI France-Inde, a déclaré que la France envisage une croissance commerciale bilatérale dans les domaines de l’énergie et de la technologie. «Traditionnellement, il est vrai que la Défense et l’Aérospatiale représentent une grande partie des liens économiques franco-indiens. Aujourd’hui, nous constatons qu’un certain nombre d’industries se portent très bien et sont sous les feux de la rampe, même si nous prenons les deux dernières années», a déclaré Payal S. Kanwar, Directeur général de l’IFCCI.

La France est une source importante d’IDE en Inde avec plus de 1 000 établissements français déjà présents dans le pays. Elle est le neuvième investisseur étranger en Inde avec un investissement cumulé de 9,67 milliards de dollars entre avril 2000 et septembre 2020.

Parmi ces investissements, on peut citer «l’acquisition par Schneider Electric de l’activité électrique de L&T pour 2 milliards de dollars, l’annonce par Total d’une prise de participation de 2,5 milliards de dollars dans Adani Green Energy Limited, et le rachat par le groupe français ADP, opérateur aéroportuaire, de 49 % de l’activité aéroportuaire de GMR.»

Le cinquième événement majeur s’est tenu pendant trois jours, du 5 au 7 avril, alors que la marine indienne participait pour la première fois à un exercice de guerre français basé sur le jeu « La Pérouse » dans la baie du Bengale. Parmi les autres participants figuraient les pays partenaires de l’Inde dans le cadre du dialogue quadrilatéral sur la sécurité (QUAD), à savoir l’Australie, le Japon et les États-Unis.

La France et l’Inde sont devenus des partenaires privilégiés au fil des années

Jusqu’à présent, l’Inde n’avait pas été invitée à participer aux exercices navals français, bien que l’Inde et la France participent bilatéralement à l’exercice naval annuel appelé « Varuna », qui a eu lieu fin mars dans l’océan Indien occidental. De manière significative, le « Varuna » entrera également dans l’histoire car il impliquera cette fois la marine des Émirats arabes unis. Il convient de noter ici que la France est la première grande puissance européenne à avoir été en première ligne pour accepter la notion d' »Indo-Pacifique » et soutenir le cadre QUAD.

À tel point que les analystes parlent maintenant de QUAD plus (France) qui jouera un rôle majeur dans la région. La France a également été le premier pays européen à lancer une stratégie indo-pacifique. En octobre dernier, la France a nommé son premier ambassadeur pour l’Indo-Pacifique, chargé de représenter les intérêts français dans la région.

En fait, la France se considère comme faisant partie de l’Indo-Pacifique, étant donné ses territoires d’outre-mer de La Réunion, de Mayotte et des Terres australes et antarctiques françaises dans l’océan Indien. La France a 8 000 soldats dans la région et un porte-avions à propulsion nucléaire très performant pour les soutenir.

Dans le cadre de sa stratégie indo-pacifique, le président français Emmanuel Macron avait lancé en 2018 la trilatérale Inde-France-Australie (à la manière du dialogue trilatéral Inde-Japon-États-Unis), qui a abouti à l’institutionnalisation de ce que l’on appelle « l’axe Paris-Delhi-Canberra ».

La France a été la première puissance occidentale à soutenir la demande de l’Inde d’être membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU. Contrairement à ses autres partenaires au sein de l’alliance occidentale, la France n’a imposé aucune sanction à l’Inde après que cette dernière se soit lancée dans l’aventure nucléaire en 1998 ; en fait, elle n’a même pas « condamné » les essais nucléaires.

En outre, la France a été le premier pays avec lequel l’Inde a mené un exercice naval conjoint appelé « Varun » après les essais nucléaires de 1998 ; cet exercice est devenu assez fréquent au fil des ans. De même, le premier exercice bilatéral de l’IAF en 2003 avec un homologue étranger – le « Garuda I » – était à nouveau l’armée de l’air française.

La France est toujours prête à fournir des réacteurs nucléaires pour la production d’électricité. Il y a aussi l’initiative franco-indienne qui a vu le lancement de l’Alliance solaire internationale (ASI) dans le but de promouvoir l’énergie solaire dans 121 pays membres et de mobiliser plus de 1 000 milliards de dollars d’investissements pour le déploiement de l’énergie solaire à des coûts abordables d’ici 2030.

En d’autres termes, l’Inde et la France sont désormais des partenaires stratégiques dont le partenariat ne se limite pas aux seuls liens de Défense. Comme l’a expliqué Salvatore Babones, chercheur associé au Centre d’études indépendantes de Sydney, dans le magazine Foreign Policy, la stratégie indo-pacifique française est centrée sur l’Inde pour deux raisons.

La coopération militaire entre les deux pays s’accélère

Premièrement, les Français estiment que l’Inde est un endroit sûr pour investir dans de grands projets d’infrastructure tels que le gaz naturel, l’énergie solaire, l’énergie nucléaire, l’exploration spatiale et les trains à grande vitesse, en plus de la Défense. En effet, contrairement à ce qui se passe en Chine, les Français ont davantage confiance dans les systèmes démocratiques et juridiques indiens, où leurs propriétés intellectuelles seront protégées et leurs obligations contractuelles garanties.

Deuxièmement, la France utilise l’Inde pour donner une seconde vie à ses propres technologies de dernière génération. Les avions de combat Rafale que la France a vendus à l’Inde ont été développés dans les années 1980 et 1990 et, bien qu’ils soient toujours utilisés en première ligne par l’armée de l’air française, ils ne sont plus à la pointe de la technologie.

En promettant de transférer non seulement la production mais aussi le savoir-faire en Inde, la société française Dassault Aviation établit en fait une nouvelle base de fabrication pour un produit qui, autrement, deviendrait obsolète. Il en va de même pour la technologie nucléaire encore très moderne (pour la centrale nucléaire indienne de Jaitapur), qui n’est plus rentable en Europe en raison des coûts de construction élevés et de la baisse de la demande d’énergie nucléaire.

L’argument de Salvatore Babones, selon lequel « la stratégie indo-pacifique de la France pourrait s’avérer plus durable que les stratégies d’endiguement de la Chine des États-Unis, du Japon et de l’Australie, est tout à fait valable. Le renforcement des capacités indigènes en matière de fabrication et de commerce est en fin de compte la garantie la plus sûre d’un Indo-Pacifique libre et ouvert, et la stratégie française est mieux adaptée que toutes les autres pour aider les pays de la région à s’aider eux-mêmes.«